Trouver l’équilibre

On peut lire, voir et écouter un peu partout que les jeunes, de nos jours, sont “accro” aux nouvelles technologies : téléphone portable, MySpace ou autre Facebook, MSN… Les enseignants sont donc invités à utiliser ces mêmes technologies dans leurs cours pour répondre aux nouveaux styles d’étudiants du XXIe siècle et pour les remotiver. L’objectif est, entre autres, de retrouver un point de rencontre commun entre les élèves et les enseignants afin de créer une situation pédagogique favorable à l’apprentissage. Les enseignants motivés prennent ainsi sur leur temps libre pour découvrir les nouveaux outils à leur disposition et concevoir des scénarios pédagogiques les intégrant. Mais les étudiants sont-ils prêts à faire ce pas et à rentrer dans le “jeu” ? Ce n’est pas si sûr.

Tout d’abord, d’après mon expérience, on se fait une idée fausse de l’utilisation que font les jeunes du “web 2.0″. A être plongé continuellement dedans, on a tendance à oublier que même chez les jeunes il y a des technophobes ou simplement des jeunes qui ne sont pas intéressés. Dans le cadre d’une activité bénévole, j’ai créé un wiki pour permettre l’échange d’informations et le montage d’un projet. Je me rends compte qu’il est très peu utilisé. Même le courriel n’est pas consulté régulièrement ! Et j’ai déjà entendu certains ados du groupe dire qu’ils n’étaient pas fans de MSN…

Ensuite, il apparaît que les étudiants qui utilisent les réseaux sociaux ne sont pas prêts à accepter comme amis sur Facebook leurs enseignants ou bien de “twitter” avec eux. On assiste à l’émergence de l’idée de “Creepy Treehouse” pour décrire les innovations technologiques des universitaires dans l’enseignement, qui donnent la chair de poule aux étudiants. Un étudiant recommande plutôt l’utilisation d’un environnement d’apprentissage personnel ce qui souligne bien leur volonté de garder la maîtrise sur leurs différents espaces de vie et leurs différents réseaux. Ils veulent rester libres d’agir comme ils le souhaitent : suivre un de leurs enseignants sur Twitter doit rester pour eux un acte volontaire et non quelque chose d’imposer.

Il s’agit donc de trouver un équilibre entre TICE à l’école et TIC dans la vie privée. Il semble que les jeunes tiennent à garder ces deux mondes séparés. Et n’est-ce pas aussi bien ? Outre l’impression que ces insertions sont forcées et peu naturelles, ne faut-il pas garder des espaces clairement distincts pour les apprentissage formels et informels ? Cela interroge également sur le concept de “pervasive learning”. Plutôt que d’aller dénicher le renard dans sa tanière, pourquoi ne pas utiliser ces mêmes applications dans des environnements propres à l’apprentissage intégrant la dimension sociale comme beaucoup existent déjà ? Ces systèmes permettent le même type de communications spontanées et instantannées que Twitter sans pour autant faire rentrer le travail dans la salle de jeu. Je ne pense pas que ce soit le lieu qui compte mais plutôt les outils proposés et la manière dont ils sont utilisés.

Enfin, je ne suis pas sûre que ce soit idéal non plus pour l’enseignant de mélanger ainsi les genres. Pourquoi ne pas créer un compte twitter ou autre propre au cours plutôt que d’utiliser le sien propre ?

Sources :

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3 Responses to “Trouver l’équilibre”

  1. delcroix says:

    Mon expérience tendrait à prouver que contrairemet à ce que vous écrivez : “ il apparaît que les étudiants qui utilisent les réseaux sociaux ne sont pas prêts à accepter comme amis sur Facebook leurs enseignants”, les étudiants utilisent facebook y compris avec leurs enseignants.
    Il suffit de consulter mon profil Facebook pour s’en rendre compte :-)
    Et je peux affirmer que je ne suis pas le seul enseignant dans ce cas…

    Comme je l’ai expliqué dans mon blog, j’ai au contraire été bluffé par la prise en main de Facebook par les étudiants… et, très rapidement, les groupes Yahoo que nous utilisions précédemment ont été remplacés par une communication sur Facebook ! Je n’ai rien imposé notamment aux étudiants de Master 1. La situation a été un peu différentes avec les Masters 2 :-)

    Par contre, je pense comme vous que l’on on se fait une idée fausse de l’utilisation que font les jeunes du “web 2.0″ et j’irai même plus loin de l’internet en général !

    J’ai posé cette question de l’équilibre entre TICE à l’école et TIC dans la vie privée lors d’une conférence et le conférencier c’est un peu moqué de moi… pourtant je crois beaucoup plus à l’usage des réseaux sociaux et autres services du web 2… ce que j’écrivais dans un billet il y a un an déjà : Et si les enseignants faisaient du e-learning et des TIC sans le savoir ?
    http://www.ed-productions.com/leszed/index.php?et-si-les-enseignants-faisaient-du-e-learning-et-des-tic-sans-le-savoirRead more from delcroixle danger vient des autresCela faisait quelques jours que j’avais envie de parler de ce sujet.On nous rabâche souvent les oreilles sur les dangers de nos productions que l’on laisse éparpillées en ligne. Vous le savez maintena[...]

  2. Gael PLANTIN says:

    Je suis d’accord avec cette analyse, chacun doit pouvoir choisir qui il intègre dans sa sphère privée.

    Par ailleurs, il est important de matérialiser l’environnement d’apprentissage pour faciliter l’apprendre à apprendre.

    Un environnement d’apprentissage doit être conçu non seulement pour :

    * diffuser un contenu pédagogique ;
    * faciliter la communication entre enseignant et étudiant ;

    mais aussi pour permettre à l’apprenant :

    * de prendre conscience des processus qu’il met en Å“uvre ;
    * de matérialiser les compétences qu’il utilise et développe ;
    * de s’approprier le contenu proposé.

    Les outils Web2.0 ne sont pas conçus pour répondre à ces exigences fonctionnelles.
    Au mieux, ils facilitent l’appropriation par leurs fonctions de mise en page.

    Dissocier l’environnement d’apprentissage des outils quotidiennement utilisés par l’apprenant doit permettre à ce dernier de prendre de la hauteur, de réfléchir au comment du pourquoi de son apprentissage.

  3. AnneC says:

    @delcroix : En fait, il semble bien que nous sommes d’accord :-) C’est l’obligation d’accepter les enseignants comme amis sur les réseaux sociaux qui hérissent le poil des étudiants. Par contre, cela ne m’étonne pas qu’ils prennent l’initiative.
    J’aime bien le rappel que vous faites, dans l’article que vous donnez en référence, sur l’importance de différencier TIC en cours / TIC pour les cours : D’ici quelques années, le problème des NTIC en classe deviendra le souci des communications pendant et hors temps scolaire… Les enseignants devront fournir un complément d’information en étant disponible à distance pour donner un complément d’information à celui qui n’aurait pas compris, fournir les documents nécessaires à l’absent, indiquer des liens pour compléter son enseignement, diriger vers l’enregistrement de son TBI (Tableau Blanc Interactif), vers sa présentation mise en ligne comme accompagnement de son cours… Chaque jour, je découvre un nouveau blog d’enseignement : l’enseignant y poste des liens vers des ressources complémentaires, les énoncés et/ou corrigés des devoirs, le cahier de texte, il y pose des questions… Effectivement, beaucoup d’enseignants commencent donc à voir l’intérêt pédagogique des TICE pour les cours. La prochaine étape, c’est de leur faire franchir la porte de la salle de classe, à grande échelle.

    @Gael : la présence d’un espace, qu’il soit réel ou virtuel, clairement identifié pour l’apprentissage est pour moi primordial pour l’apprendre à apprendre.
    Il serait intéressant de demander aux élèves de décrire leur environnement personnel d’apprentissage afin d’identifier leurs lieux d’apprentissage informel et leurs méthodes et outils pour apprendre. “Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement”, et les méthodes pour apprendre arrivent aisément… C’est en faisant ce travail d’analyse de leurs pratiques qu’ils pourront prendre de la hauteur. Bien entendu, il ne s’agit pas uniquement de recenser les outils mais aussi leurs méthodes de travail, leurs sources d’informations, etc.
    Maintenant, je ne serai pas aussi draconienne que vous quant à la séparation nette des outils utilisés. Ainsi, j’estime possible d’utiliser Netvibes comme espace d’apprentissage. J’aurais au même endroit mes outils d’apprentissage informel et un onglet propre à la formation formelle. C’est plus une localisation clairement définie de l’espace d’apprentissage que la distinction d’outils (qui risque de conduire à une multiplication des comptes) qui importe, selon moi.Read more from AnneCPrésentez vos données de manière attrayanteQuoi de plus barbant que les présentations bourrées de schémas et de tableaux souvent illisibles ? Et quels apports à un processus d’apprentissage ? En effet, grâce à une animation, on peu[...]

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